| Ce film est la chronique de la vie au jour le jour d'un théâtre
de variétés en cet été 1938 lourd à
la fois de chaleur et de menaces.
La France et les Français attendent, baissant la tête,
croisant les doigts, espérant ainsi éviter l'orage...
La
directrice de l'Eden Théâtre - Yvonne Pierre, ex-chanteuse
à succès - ne veut ni baisser la tête, ni croiser les
doigts ni surtout renoncer à son spectacle. Sa manière à
elle de lutter contre la guerre, de la nier, de la narguer sera de faire
son métier comme toujours, nous la verrons jour après jour
malgré sa peur et malgré les obstacles mettre sur pied sa
revue, la monter, puis enfin triompher.
Triomphe dérisoire, éphémère, mais triomphe
tout de même...
Nous verrons comment autour d'elle tout commence à se défaire,
comme si l'imminence des grandes catastrophes suscitait obligatoirement
cette tristesse sans objet ou, pire, cette fausse gaieté.
Le film tentera également de mettre en scène, en leur
rendant hommage, une poignée de ces immigrés, juifs allemands
- pas tous juifs d'ailleurs -juifs en Allemagne, allemands en France, étrangers
partout. Ces hommes et ces femmes qui traversèrent l'Europe de 1933
à 1939, courant en tous sens, la bête à leurs talons.
Ils ne sauront pas se faire entendre, ni en Allemagne, ni en France, partout
les cris du comique à moustache, répercutés par toutes
les radios du monde, couvrirent leurs voix à jamais...
Nous les verrons, tentant de vivre, aujour le jour, empêtrés
dans leur langue natale, errant dans ce Paris indifférent à
leur sort, dans ce Paris où chacun et chacune, toutes opinions politiques
confondues, se cramponne à son bonheur, s'acharne à défendre
sa Paix, fût-ce au prix de tous les renoncements.
Nous verrons enfin comment grâce à Yvonne Pierre ils trouveront
un instant refuge à l'Eden Théâtre, puis comment, soufflés
par la formidable explosion - ce lâche soulagement a-t-on dit - provoquée
à Paris par l'annonce de la signature des accords de Munich, ils
en seront chassés...
Ce film sera contradictoire : il exaltera les vaincus tout en célébrant
l'admirable et inutile courage de ces ouvriers de l'éphémère,
de ces chevaliers de l'illusion, de ces artisans du spectaculaire, de ces
spécialistes du vide en couleurs avec plumes au cul.
Ce film sera donc triste comme une revue des Folies Bergères
et gai comme une soirée entre immigrants.
Mais surtout ce film montrera combien il était difficile de vivre,
fût-ce aujour le jour, en cet été 38 et en cela il
sera horriblement moderne.
Jean-Claude Grumberg, Marcel Bluwal
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